Histoire de l'Église à Madagascar

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Anosy

 

Une Église chrétienne naît de la rencontre entre la Bonne nouvelle du Seigneur Jésus et un peuple qui découvre en lui le Christ vivant et s'en approprié la parole. Il faut donc que celle-ci soit annoncée et puisse être accueillie.

C'est au XVIe siècle que les chrétiens portugais prennent contact avec Madagascar. C'est cent ans plus tard cependant que l'Evangile est proposé par des missionnaires jésuites (1613 -1630), mais sans qu'ait d'écho leur prédication.  Lazariste


A partir de 1648, les efforts des Lazaristes à Tolagnaro et dans l'Anosy sont contrecarrés par l'agressivité des colons français avec lesquels ils doivent vivre. Si émergea une petite communauté et si fut composée un catéchisme malgache, édité en 1657, tout disparut en 1674. Les tentatives au XVIIIe siècle furent annihilées par le souci des colons de ne pas gâter la traite esclavagiste.

 

Radama1GouverneurFarquhar

La Révolution française et les guerres napoléoniennes amènent la conquête britannique de l'île Maurice (1810). La rencontre des ambitions du gouverneur Farquhar et de la volonté de Radama I d'ouvrir son royaume de Tananarive aux techniques étrangères donne la possibilité d'une annonce de l'Evangile.         

Les missionnaires congrégationalistes de la London Missionary Society (LMS), appelés comme instituteurs, développent rapidement en Imerina un réseau scolaire dans lequel les textes chrétiens servent de base à l'apprentissage de la lecture. L'impression des textes bibliques en malgache commence en 1827.

Ranavalona1Sous le règne de Ranavalona I, nationaliste mais favorable à la scolarisation, sont baptisés et communiés en 1831 les premiers chrétiens nationaux. Rapidement, la reine découvre sous l'impulsion de ses conseillers, le danger que représente cette religion pour le Sacré qui garantit son pouvoir. En 1835, la profession du christianisme est interdite aux Malgaches, mais les missionnaires avant de partir peuvent leur laisser la traduction de la Bible. Malgré trois vagues de persécutions, les chrétiens restés fidèles vont s'en nourrir et diffuser la Parole durant 25 ans de clandestinité.


Liberté d'évangélisation

Radama II

En 1861, à l'avènement de Radama II, liberté est donnée à la prédication chrétienne. Tandis qu'apparaissent au grand jour plusieurs milliers de chrétiens protestants, les P. Jésuites et les Sueurs de Saint Joseph de Cluny s'installent dans la capitale où ils ouvrent aussitôt des écoles: c'est là qu'ils vont former leurs premiers baptisés. En 1866, ils seront appuyés par les Frères des Ecoles Chrétiennes.

Seulement les "missions", outre les divergences confessionnelles, se trouvent prises dans la rivalité franco­-britannique: toute la politique du Premier ministre Rainilaiarivony visera à maintenir un équilibre entre les deux puissances. Aussi lorsque sont baptisés la reine et lui-même (1869), le protestantisme auquel ils appartiennent en reçoit-il un fort appui officiel, mais la liberté confessionnelle est maintenue. La petite communauté catholique peut s'étendre jusqu'au Betsileo avec le Père Finaz aidé de Pierre Ratsimba, futur directeur de l'école normale: là bas comme en Imerina, on retrouve le lien caractéristique de l'école et de l'Eglise.

 

LesTrois


Période difficile

Période difficile dans l'affrontement entre confessions, mais aussi période d'approfondissement. Tandis qu'en avril 1883 venait de mourir le P. Basilide Rahidy, premier prêtre malgache, RaphaelRafiringaéclate à la fin mai la première guerre franco-malgache. Elle provoque l'expulsion des missionnaires. La jeune communauté se retrouve avec le Frère Raphaël Rafiringa Victoire Rasoamanarivo(FEC) et les jeunes de l'Union Catholique, mais aussi le discret ettrès effectif patronage de Victoire Rasoamanarivo, belle fille du Premier ministre et chrétienne de grande profondeur. Quand reviendront les missionnaires avec leur Vicaire apostolique Mgr Cazet, ils trouveront cette "Eglise des laics", vivante et mieux structurée. Durant les 8 années suivantes, avec l'aide de ces laics, doubla le nombre des baptisés.         

La seconde guerre (1894 -1895) instaura le régime colonial qui éteint tout ce qui avait été initiative des lâics. Avec l'arrivée des Français, certains prêtres crurent à un possible revanche des catholiques. Mais si Galliéni (1896 - 1905), agnostique, entendait bien mettre au pas les missionnaires étrangers, favorisa l'arrivée de la Mission Protestante Française, et imposa une stricte neutralité qui apaisa le conflit confessionnel. En revanche, l'anticléricalisme militant de son successeur, V. Augagneur, détruisit une bonne part des écoles de mission, privant plus de 100000 enfants des rudiments d'instruction.

Partage du champ missionnaire

Depuis longtemps, runique Evéque, Mgr Cazet, eût voulu partager le champ missionnaire. C'est seulement en 1896 qu'arrivent au Sud les Lazaristes, puis en 1898 au Nord les Spiritains, tandis que le Vakinankaratra était confié aux P. de la Salette (1899) et le Betsileo aux Jésuites du nord de la France (1901). Avec eux s'implantaient les Sœurs de la Providence, les Filles de Marie et les Franciscaines Missionnaire de Marie, qui apportaient d'autres formes de vie religieuse. Dans les régions côtières, tout était à faire pour annoncer l'Evangile et c'est au rythme de la venue de nouveaux missionnaires que se fit l'extension sur le terrain. L'école y eut sa part, mais moins qu'au centre. Au sud, les structures lignagères très vivantes ne furent pas touchées. En revanche, les migrations intérieures des chrétiens des Hautes Terres contribuèrent à la fondation de communautés chrétiennes, parfois missionnaires mais souvent aussi juxtaposées avec la population autochtone.

Le décret de 1913 réglementant les cultes à Madagascar mit fin à l'arbitraire administratif. Mais le régime colonial suspectait les Eglises, surtout Protestantes, d'être des conservatoires du sentiment national malgache. Le développement d'un mouvement secret de conscientisation patriotique, le VVS, sera découvert à Noël 1915 en pleine guerre mondiale. On arrêta aussitôt des pasteurs et des religieux malgaches, soupçonnés d'en être les instigateurs. Le procès de 1916 les lava de toute collusion, mais il est significatif qu'ils aient été aussitôt soupçonnés.

Les débuts du clergé malgache

Clerge malgache

A Tananarive s'était ouvert un Grand Séminaire (1917) et alors qu'en 50 ans il n'y avait eu que cinq prêtres nationaux voilà que neuf étaient ordonnés en 1925. C'était le début d'un clergé autochtone, surtout issu du Centre, dont l'activité allait peu à peu orienter la vie de l'Eglise. L'entre-­deux guerres est un temps d'extension des missions qui, peu à peu, couvrent le territoire. Le nombre des Vicariats augmente et depuis 1932 leurs Evêques se réunissent chaque année. En 1939, le Vicariat de Miarinarivo est confié à Mgr Ignace Ramarosandratana, premier Evêque malgache. Carmélites, Réparatrices, Bénédictines sont venues apporter le témoignage de la vie contemplative. Si du côté protestant agit une dynamique unitaire, les relations avec les catholiques sont pratiquement inexistantes. Pourtant, quand le droit syndical est en 1937 reconnu aux Malgaches, se fondent les premiers Syndicats chrétiens, en principe interconfessionnels.

La défaite de la France en 1940 amène le régime de Vichy qui rompt avec la laïcité républicaine, subventionnant les écoles confessionnelles et autorisant l'enseignement religieux dans les écoles publiques: beaucoup d'hommes d'Eglise et de laïcs sont des féaux de Pétain. Mais le débarquement britannique (mai 1942), l'occupation de l'île, la naissance de sociétés secrètes (Jiny, Panama), le passage à la France libre et la dure participation à l'effort de guerre, le retour progressif des soldats malgaches bloqués en France durant la guerre, tout cela remet en cause la colonisation et aboutit à l'insurrection de 1947. Moment tragique pour les patriotes et les populations entraînées dans la lutte. L'Eglise subit nombre de destructions mais travaille à la réconciliation et réoriente ses perspectives. Les prêtres nationaux augmentent en nombre et reçoivent des responsabilités. La formation des militants chrétiens, aidée par le Centre inter-diocésain, devient prioritaire dans une ile qui avance vers l'indépendance en faveur de laquelle les Evéçues reconnaissent la légitimité de tout effort non-violent pour l'obtenir (novembre 1953). La proclamation de la République en 1958 puis l'indépendance en 1960, la nomination d’Évêques malgaches à Tananarive et Fianarantsoa coïncident bientôt avec l'ouverture du Concile de Vatican II qui, renouvelant la conscience qu'a l'Eglise d'elle-même, explicitera ce qui se vit déjà et fournira des lignes d'action.

P. Bruno Hübch