Adieu à Madagascar

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Waldek 01aMon aventure à Madagascar a commencée exactement le 5 Juin 1990, quand avec père François Chroszcz  (notre  supérieur en ce temps-là) et mes deux autres confrères, p. André Serwaczak et fr.Zygmunt Wolniak, on a atterrit en avion de Paris sur l'île.

Ensuite, tout, du point de vue des années - s’est déroulé rapidement… Au moment où j’écris cet article, j’ai séjourné 30ans à Madagascar. Ainsi, avec une larme à l'œil aujourd'hui je dis au revoir à l'île et à mes paroissiens de Notre-Dame de Lourdes à Toamasina, avec qui j’ai travaillé pendant 10 ans comme Curé.

On peut dire que je commence un nouveau chapitre de ma vie. Mes  supérieurs m’envoient sur l'île voisine, La Réunion, pour y continuer ma mission et aider mes confrères Oblats qui y travaillent.

Je dois donc faire un examen de conscience et présenter mes excuses à Dieu pour mes échecs et le remercier pour toutes ses grâces.

A la veille du départ pour Madagascar, après une longue préparation et d'apprentissage de la langue française, la communauté des oblats française à Fontenay-sous-Bois, nous a organiséE un petit adieu. Et je me rappelle, qu’un vieil missionnaire du Laos, chassé avec les autres par l’état communiste, a pris la parole :

« Pour partir en mission, vous ne devez pas être fou, mais ça aide beaucoup ... »

Après tant d'années, je peux dire que cela est vrai ! Et il ne s’agit pas de la folie dans le sens littéral, mais la folie de la Foi en Jésus (« scandale pour les Juifs, folie pour les païens ! » - cf. 1 Cor. 1,18.22-25), la folie de la confiance dans la divine Providence, la folie de l'amour à son prochain ...

Presque 30 ans ... L'histoire humaine dans laquelle Dieu a travaillé ...

Waldek 02D'abord, c’était la préparation pour le départ, l'apprentissage de la langue française, puis la langue malgache, déjà à Madagascar, quand on se sentait encore comme un petit enfant, qui fait ses premiers pas dans une langue incompréhensible.

Je me souviens de ma première tournée des communautés chrétiennes dans la brousse de la mission à Ambinanindrano, où j'ai travaillé pendant 6 ans. Je suis rentré chez moi malade. Je ne pouvais pas parler, la langue - le dialecte local - je ne comprenais pas trop. Je ne pouvais pas digérer le riz 3 fois par jour, et en plus les poissons séchés au soleil ! Mais par contre, je suis rentré chez moi avec des insectes, qui se sont installés sur mes vêtements pour de bon. Mais non seulement sur mes vêtements, mais aussi sur mon corps : des minuscules puces de sable ont creusés des petits trous sous mes ongles d'orteil et déposé ses œufs là-bas, après une semaine, le cocon a atteint déjà la taille d'un pois. Heureusement, il y avait toujours quelqu'un qui avait une épingle et qui était capable de les faire sortir.

Le premier contact avec le paludisme, la reine de la vie et de la mort à Madagascar, restera également dans ma mémoire pendant longtemps. Tremblant de froid, bien qu’en fièvre, claquant des dents j’ai avalé des amères pilules de quinine en perdant le contact avec la réalité.

MasomelokaMadagascar est aussi un temps - si on peut dire ainsi à propos d’un pays - où blessé par la solitude, l'échec, l'incompréhension et l'ingratitude, je redécouvrais la valeur de la communauté et la présence d'autres confrères. Je mentionne ici d'autres confrères qui étaient obligées de retourner en Pologne à cause de diverses maladies. Je me souviens aussi de ceux qui sont déjà auprès du Seigneur : pères Wladyslaw Wasiluk, Jerzy Wizner, Piotr Wisniewski, Jean Claude Vanghou et Michel Nivonjaka.

Masomeloka1Mais Madagascar est aussi un lieu où j’ai trouvé de nouvelles amitiés et pris conscience, que malgré la séparation avec ma patrie natale, je vis en famille, avec les gens que j'aime et qui m’aiment. Un sens de l'unité, de la coopération, de l'aide, de la solidarité… une récompense pour les échecs et l’encouragement pour la continuation de la mission.

Mon poste suivant était Marolambo – la région montagneuse  où j'ai travaillé trois ans, dans  de terrains inaccessibles et sans limites, mais avec un peuple ouvert et amical (dans la majorité - parce qu'il y avait aussi l'attaque contre notre confrère p. Pierre Wisniewski, qui a eu malheureusement une fin tragique).

NDL 02Les tournées à pied de village en village prenaient souvent deux ou trois semaines. C’est là que j’ai rencontré pour la première fois les gens possédés, qui ont voulu entrer au christianisme, mais qui étaient auparavant des participants de« tromba », les séances d'appel des esprits des ancêtres morts. Sorcellerie et diablerie…

Pour se rendre à Marolambo, le plus pratique était de demander une place dans une petite avionnette, qui a fourni les médicaments de la capitale à la clinique locale des Luthériens, attacher les ceintures de sécurité, et atterrir sur le sommet terrassé d’une montagne.

Le pilote lui-même, le Suisse, Mr. Emile, a répété souvent que ce n’est pas trop dangereux, mais très impressionnant. Malheureusement, ces vols n’étaient pas réguliers et seulement un tracteur ou bien une moto tout-terrain nous reliait de la « civilisation » après 10 heures de route infernale.

Masomeloka - mission située juste au borde de l'Océan Indien, entre les marais, les rivières et le canal des Pangalanes - était mon poste suivant. Si magnifiquement situé que vous pourriez dire - un paradis ! Malheureusement, la proximité des rivières et de l'océan a causée souvent les inondations surtout après la pluie de mousson et les cyclones. La communauté des chrétiens du village comptait environ 700 personnes et 50 chapelles dispersées dans la brousse. Une petite communauté où régnait l’atmosphère familiale. Tout le monde pouvait compter sur les autres et tout le monde servait les autres.

Souvent, moi-même, j'ai eu l'occasion de rendre service, mais l’un des souvenirs dont je  n'oublierai jamais c’est qu’un jour, à minuit, j'étais réveillé par les gens, qui ont apporté un homme blessé par un crocodile. Le type avait la main arrachée, sur le corps il y avait plein de trous saignants faites par les griffes de crocodile ; l’homme a gémi, a souffert, mais ce qu’il m'a demandé en premier c’était la confession ... ! En voyant cet homme blessé par cette bête, mes jambes se sont effondrées, mais je lui ai immédiatement donné l'absolution. Puis il y a eu l’évacuation rapide. Après avoir traversé trois bacs, nous avons emmené l’homme blessé sur la table d’opération d’un hôpital  à distance de 150 km

NDL 01Peu après cet incident, j'ai acheté un fusil de chasse pour tuer cette bête. Malheureusement, cela a échoué. Mais par contre, notre cuisine était toujours pleine de canards sauvages et de pintades. Le souvenir est encré en moi,  jusqu’à ce jour -  je souffre de la goutte.

Le temps est venu, et mes supérieurs m'ont envoyé à Toamasina, notre grande ville portuaire et la capitale de notre diocèse. Obediencia et pax, l'obéissance et la paix - avec une larme à l'œil j’ai quitté ma brousse bien-aimée.

Pendant un an j’ai travaillé dans la brousse autour de la ville, et un jour je me suis assis sur un fauteuil confortable du père curé de la paroisse de Notre-Dame de Lourdes à Toamasina. Suis-je toujours missionnaire ? - je me suis posé cette question tout de suite. Et la vie m'a apporté la réponse. La chaise ne s'est pas révélée aussi confortable que je l'ai imaginé au début. Le travail, les tâches et les diverses activités régulières étaient plus nombreuses que dans la brousse. La communauté paroissiale ne comptait plus en centaines de personnes ; celle de Toamasina en avait 10 000.

Cependant, je me suis aussi retrouvé en famille. Et ce qui nous a uni c’était l'Eucharistie quotidienne et régulière. Dans la grande ville, malgré tant de différences, devant l'énorme quantité de travail, c’était Jésus seul, qui pourrait nous unir, parce que « Qui nous séparera de l'amour de Christ ? »

Après 10 ans, le temps de séparation est venu. Cette fois il y avait plus de larmes et pas seulement de mes yeux. Et c'est probablement quelque chose qui montre notre union. Finalement, j'ai demandé aux chrétiens de se souvenir de moi chaque fois qu'ils se tourneront vers l'autel.

Père Walenty Zaplata, OMI(le fondateur de la Procure de la Mission en Pologne ; déjà décédé) a écrit un livre après sa visite en Afrique, "Le Cameroun, je le porte dans mon cœur". Moi aussi, je peux dire comme lui - Madagascar je le porte dans mon cœur.

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Pensez à moi - s'il vous plaît – dans vos prières pour m’aider à accomplir mon nouveau ministère missionnaire sur l'île de La Réunion.

P.Waldemar Zukowski OMI